Un processus d'auto-habilitation applicable au web ?
Dans l'article "Cognitions, auto-habilitation et pouvoirs des citoyens", le professeur de science politique Daniel Gaxie analyse les conditions d'existence d'une compétence politique individuelle. Les sentiments d'incompréhension et d'incompétence, étroitement liés à la position dans l'espace social, enclenchent ce qu'il désigne comme l'auto-déshabilitation, un processus conduisant à l'absence d'intervention et de jugement dans le domaine politique.
Les conditions d'existence de ce processus s'assimilent étrangement aux difficultés rencontrées, et souvent occultées, pour la démocratisation du web. La notion d'auto-habilitation ou d'auto-déshabilitation s'imposerait-elle aussi comme critère d'accès au web ?
« Avec ces notions d'auto-habilitation et d'auto-déshabilitation, je cherche à désigner les processus mentaux et sociaux par lesquels des personnes s'autorisent ou pas à intervenir plus ou moins activement sur des sujets politiques pour observer les actions des gouvernants, se tenir informés des principaux enjeux publiquement débattus et exprimer leurs avis, par exemple à travers des conversations avec leurs proches. L'observation montre que certains hommes ou femmes se mettent en puissance de jugement et s'attribuent des pouvoirs de contrôle, alors que d'autres s'en estiment incapables et préfèrent se tenir à l'écart. » (750)
« Le constat de l'existence de dispositions à l'auto-habilitation ou à l'auto-déshabilitation rappelle que les rapports au politique ne sont pas seulement, ni même principalement, des rapports de "connaissance" ou de "savoirs", et qu'ils ne sont pas davantage réductibles à des procès de traitement de l'information. Les rapports au politique sont gouvernés par des processus de division du travail et d'accréditation par lesquels chacun s'assigne la position (ou, en quelques cas, s'émancipe de la position) qui lui est assignée (notamment par son âge, son sexe, son statut familial et professionnel, son niveau culturel, son rang social, ses réussites et ses échecs, ses appartenances sociales, religieuses, syndicales, associatives, et ses investissements militants). » (750)
« On ne peut séparer la question des cognitions de celle des pouvoirs que certains citoyens s'attribuent et exercent quand d'autres ne songent même pas à se les approprier. » (755)
Pour commander la revue ou accéder à l'article payant : La compétence politique, Revue française de science politique, Vol. 57 –2007/6, pages 737 à 757.
Un peu plus...
Du contenu des journaux télévisés...
Extrait de l'entretien de C, ouvrier de 22 ans qui déclare que les journaux télévisés des chaînes généralistes lui paraissent difficiles à suivre.
« La un et la deux, politique-politique hein [sur un ton sérieux]... pour moi c'est du rabâchement de baratin... ils vont passer un quart d'heure ou même une demi-heure à parler d'un truc... enfin... qui tiendrait en une phrase quoi, donc j'm'endors un peu d'vant quand même quoi [il rit] ». Il choisit donc plutôt « la six [la sixième chaîne], c'est bien, ça dure que deux minutes. » (749)
Pas de commentaire.
