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notes de lecture

Storytelling, il était une fois... la docilité

Rien de neuf sous les tropiques diront certains. Propagande et manipulation ne datent pas d'hier, il est vrai. Sauf qu'elles existent aujourd'hui sous la forme d'un récit séducteur, contagieux et imparable, au point même de ne plus pouvoir être dénoncées sans risquer l'opprobre. A l'attention des enfants que certains ont décidé que nous étions, quelques éclats tirés du livre de Christian Salmon, Storytelling, pour illustration :

Entretenir le capitalisme financier et ses dérives

« A l'automne 2001, la dernière campagne de publicité d'Enron avait pour thème... la transparence des marchés [...]. Dans un monde rationnel, ce fiasco exemplaire (celui d'Enron) aurait signé la mort du storytelling et de ses vertus hypnotiques. Et pourtant, près de dix ans plus tard, il reste plus que jamais la bible des "gourous du management" » (p.109).

Manipuler le discours par la mise en scène

« Vêtu d'un costume d'aviateur, on le vit (George Bush) s'extraire du cockpit, son casque à la main, comme s'il rentrait de mission dans un remake éblouissant de Top Gun » (p.188).

Utiliser la fiction hollywoodienne comme moyen de légitimation

« Antonin Scalia, juge à la cour suprême des Etats-unis, [...] a justifié l'usage de la torture en se fondant non pas sur l'analyse de textes juridiques, mais sur l'exemple de ... Jack Bauer (de la série américaine 24 heures) ! [...] Jack Bauer a sauvé Los Angeles ! Allez-vous [...] dire que le droit pénal est contre lui ? » (p.168).

Imposer un récit unique, le hors récit devenant hors propos

« La story d'un candidat présidentiel est la fiction qui ordonne et rend immédiatement lisible un écheveau d'idées contradictoires, d'impressions et d'actions diverses ». Il s'agit « de rendre populaire la saga de ses faits et gestes » (p.128).

Légitimer une élite et son idéologie

« Les cabinets de conseil américains jouent un rôle capital de diffusion [...]. C'est ainsi que le storytelling a été d'abord importé en France dans les milieux du management et du marketing au début des années 2000. Il est aujourd'hui enseigné dans les grandes écoles de commerce » (p.210).

Résultat, résumé par John Anthony Maltese dès 1994: « Une démocratie moins délibérative, des citoyens inondés par le spectacle symbolique, mais incapables de juger ses leaders et le bien-fondé de leurs politique. » (p.129).

« L'art du narrateur tient à ce que l'histoire qu'il nous rapporte se passe de toute explication » écrivait Walter Benjamin (cité par Christian Salmon, p.179).

Alors, seront-ils donc si doués ?

Un peu plus...

Couverture du livre.Storytelling, La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits est publié aux éditions La Découverte, octobre 2007, 240p.

Le livre n'est pas exempt de critiques dans sa démonstration générale : il a d'ailleurs fait l'objet d'un certain nombre de réserves que cet article, à la démonstration également contestable (lire les commentaires qu'il a suscités à sa suite), Une storytelling à la française rassemble. Il n'en demeure pas moins éclairant sur les dérives actuelles, insuffisamment soulignées et abordées pour les conséquences qu'elles engendrent. Et l'auteur ne serait être tenu pour responsable de l'hypocrisie bien connue qui conduit les personnes visées à botter en touche...

  |  Publié le 31.05.08

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