Des professionnels au franc parlé pertinemment interrogés dans des sessions thématiques et une communauté d'individus accessibles et disponibles. Bref tout le monde heureux d'être là, du début à la fin. Et il n'y avait ni champagne, ni orchestre, ni femmes et hommes de "bonne compagnie",... c'est dire !
Un succès que l'on doit à Sébastien Rousset et Jean-François Ruiz qui ont su identifier un besoin et sont parvenus à le satisfaire.
La réussite de ce type de manifestation se mesure à la réflexion qu'elle suscite a posteriori. Pour ma part, les trois points marquants s'organisent autour de la question de l'audience : comment dire, quoi dire et par quel moyen dès lors que l'audience dépasse une communauté.
Image de soi
La qualité du débat de la session Personal branding a permis de soulever des problématiques qui interrogent le devenir du web. La représentation de soi sur internet se construit sur le long terme et suppose de la réflexion, voire même de la stratégie. Mais que deviennent la spontanéité et l'immédiateté des échanges s'il faut « tourner sept fois sa souris avant d'écrire » (Jacques Froissant) ? Le risque d'auto-censure, conditionné par la crainte de laisser une trace défavorable pour son image et la volonté de plaire à tout prix, pourrait engendrer un consensus qui n'aurait plus rien d'intéressant ou de motivant. Conservation des données, traçage, droit à oubli ou à l'anonymat deviennent des réalités de plus en plus visibles. Elles sont les conséquences d'une libération de l'expression sur les réseaux que les outils conversationnels ont favorisé, sans prise en compte des conséquences sur le long terme. Le discours bien connu de la peur, que des bien-pensants à l'expertise trop réduite savent très bien manier, pourrait très bien atteindre l'essence même du web.
Blog
La session Monétisation des blogs a relativement évacué la question de la captation d'audience, en dehors du conseil assez vague d'un « blog qui tienne la route ». J'ai pu débattre du sujet avec Céline Crespin d'Overblog, mais je reste dubitative (désolée Céline ;). L'exemple fourni par Céline est à ce titre révélateur (merci encore pour le livre) : Anna Sam a connu un succès tel que les billets de son blog ont fait l'objet d'un livre, Les tribulations d'une caissière. Oui, mais Anna a un diplôme universitaire de lettres modernes dans les pattes : elle a donc travaillé l'écriture et connaît les b-a-ba de la narration, outre son talent propre. Les plateformes qui agrègent et organisent les billets de blog ne proposent pas des contenus aussi bien construits. L'internaute lambda ne risque-t-il pas d'être définitivement insatisfait à la lecture de papiers qui « ne tiendront pas la route » ? Un travail intermédiaire d'éditeur ne s'impose-t-il pas ? Si Proust était contraint de retravailler son texte, il n'y a rien d'exceptionnel à concevoir que des bloggeurs puissent le faire pour leurs papiers. Est-il possible de rencontrer un public large sans se donner les moyens d'un choix éditorial ?
Production musicale
Les intervenants de la session Musique 2.0 ont clairement affiché la recherche d'audience comme leur objectif clé. Comme tout le monde me direz-vous, sauf qu'ici une autre facette des conséquences de l'ouverture au "grand public" se pose. Les sites producteurs de musique affichent une interface "pro-ado" correspondant aux attentes et aux goûts d'un public jeune, qui de fait exclut les plus anciens. Pourtant, les artistes défendus plaisent à d'autres publics que les seuls jeunes. Mais un affichage plus consensuel ne stimulerait pas suffisamment l'énergie et le délire des plus jeunes, les plus motivés en matière de musique. Initié par le web grâce aux plus jeunes, comment trouver le rythme de croisière qui rassemble tout le monde ? Une communication par tranche d'âge (qui pourrait être amusante), par style musical, plus restrictive... La réponse n'a rien d'évident.
Un dernier aspect sous-jacent de-ci de-là et qu'il me semblerait intéressant d'approfondir : la gestion de la complémentarité / concurrence entre web et média traditionnel d'un même secteur (bd blog versus bd traditionnelle, production on line versus studios traditionnels, etc.).
Merci à :
- Yannick (Festival des blogs bds) pour ses réponses enthousiastes à mes nombreuses questions ;
- Céline (OverBlog) que j'ai privé d'un déjeuner digne de ce nom ;)
- Fadhila (FB-Associés) pour avoir pris le temps de me donner une réponse claire et complète ;
- enfin à tous les organisateurs et aux deux intiateurs Sébastien Rousset (Webdeux.info) et Jeff Ruiz (Webdeux.info), le seul à qui j'ai pu dire au revoir

1. JF Ruiz , le 28.10.08 :
Merci pour ce compte rendu sur les sessions de la journée. Au plaisir d'une prochaine rencontre.
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Sandrine Muller, conception web et stratégie de contenu, NavigPlay, Paris.
