Le clip littéraire et la bande-annonce pour faire lire
Plusieurs clips littéraires apparaissaient en 2007 sur YouTube à l'occasion de la sortie de The Gum Thief de Douglas Coupland. L'éditeur Random House renouvelle l'expérience pour le nouvel ouvrage du même auteur, Génération A. Par ailleurs, le tout nouveau Electric Literature se lance dans un nouveau concept éditorial faisant appel également au clip accrocheur de lecture. Retour sur ces mises en images littéraires.
The Gum Thief : une critique audiovisuelle d'ouvrages ?
L'écriture est un acteur majeur du roman. Deux collègues de bureau, Roger et Bethany, travaillent chez un grossiste de fournitures de bureau. Ils s'ignorent, jusqu'à la découverte par l'un du journal intime de l'autre. S'ensuit une correspondance entre les deux, qui d'un commun accord continuent à s'ignorer dans la réalité. Le roman écrit par Roger, Glove Pond, s'ajoute aux échanges épistolaires.
Bethany, Part 1
Glove Pond, Part 2
Roger, Part 3
Pour le lecteur non averti, difficile de se faire une idée de l'histoire à la seule vision des clips. Aucune tension dramatique pour intriguer et attirer l'attention. Un exercice original bourré d'idées, mais relevant plus du film expérimental pour amateurs éclairés. En posant en amont un résumé éclairant le contexte du roman, cette absence de contrainte promotionnelle offre une autre perspective : une interprétation audiovisuelle d'un roman. En l'occurrence celle du studio d'animation Crush, mais qui pourrait émaner de tout autre. Et d'interroger le principe de la critique audiovisuelle d'ouvrages par des artistes, voire même des lecteurs talentueux jusqu'à ce jour réduits à produire des critiques avec des mots. La vision de plusieurs films portant sur un même roman pourrait avoir un impact décisif. Resterait à forger une collaboration éditeur, auteur, lecteur...
Generation A : la bd animée pour conduire au livre ?
Le roman est construit autour de cinq personnages qui ont en commun d'avoir été piqué par une abeille, alors que les abeilles ont disparu de la planète. Chacun des héros raconte son histoire afin de percer le mystère caché derrière cette impossible piqûre. Ici le même studio de création Crush, réinvente l'une des histoires d'un des personnages.
The Tragic Death of the Channel Three News Team
L'exercice est plus commercial. Il fait appel à la BD – dans une mise en scène très réussie – pour promouvoir une fiction dont la trame est d'une force indéniable. Mais l'audace de l'entreprise tient dans la transformation de pages d'un roman en vignettes d'une bande dessinée. Dans un premier temps, l'exercice est presque trompeur : il donne à croire qu'il s'agit non d'un livre mais d'une BD, donnant envie du même coup de découvrir derrière une BD et non un livre traditionnel. Dans un second temps, l'objectif est bien atteint : une immersion dans l'univers d'un roman et d'un auteur. Un accès au contenu d'un livre bien plus frappant qu'un énième descriptif et qui ne se saurait pas produit sans cette mise en bande dessinée. Alors, une diffusion de mini BD pour découvrir des livres ?
Electric Literature : court et intensité dramatique, nouveau nirvana ?
Pour la promotion de nouvelles romanesques, un artiste donne à voir son interprétation à partir d'une phrase choisie par l'auteur.
Jonathan Ashley imagine Michael Cunningham
Luca Dipierro imagine Lydia Millet
À nouveau, un univers littéraire retranscrit visuellement par un artiste. Un film court pour une histoire courte ; une phrase-choc pour une histoire haletante. Le clip s'intègre dans une publication multi supports des ouvrages (papier, kindle, iphone) nécessitant donc une promotion numérique dédiée. Mais il révèle également un choix éditorial : le format court de la nouvelle et l'intensité dramatique d'un récit devant accrocher dès le premier paragraphe. Adaptation de la lecture à l'économie de l'attention qui ne se satisferait pas de lectures longues et de récit sans piment ? Quelque soit la réponse, la démarche a le mérite de remettre au centre de la littérature un talent trop souvent oublié dans la production littéraire : l'art de raconter des histoires.
Un peu plus...
C'est le studio de création Crush qui a proposé l'idée des films à Random House Canada, et précisément pour Douglas Coupland - Neuf ont été produits pour The Gum Thief : trois par personnage et trois pour le roman du personnage. Trois ont été réalisés pour Generation A. Un retour sur la réalisation des clips dans cet interview : Crush - Generation A - Douglas Coupland
Douglas Coupland s'est prêté au jeu. L'auteur de Génération X, par ailleurs artiste, ne pouvait qu'y participer. D'autres auteurs seraient peut-être bien plus rétifs à ce type d'exercice et pourraient décourager toute tentative de ce type.
Une chaîne Youtube est dédiée aux clips d'Electric Literature. La démarche d'Electric Literature s'appuie également sur d'autres arguments forts : l'impact écologique de l'impression (les arbres) pour promouvoir la diffusion électronique ou la rémunération des auteurs, y compris novices.
Une interprétation audiovisuelle de poèmes par des artistes avait déjà donné lieu à plusieurs animations en vue de promouvoir la poésie en Hollande : Regen, animation et poésie classique.
Voir aussi : Animation de papier et de pages imprimées à faire lire.
