L'équipe italienne d'artistes et de programmeurs la Molleindustria utilise le jeu vidéo à des fins sociales et politiques. Leur slogan "Des jeux radicaux contre la dictature du divertissement" expose clairement leur objectif. Leur dernière production s'adresse à un public large, pas nécessairement formé aux arcanes parfois complexes et longues du jeu vidéo. Elle est exemplaire de l'impact que le jeu, parce que jeu, peut avoir pour dénoncer ou prendre conscience.
Un personnage attend dans sa chambre d'être animé : avec les flèches du clavier pour aller à droite ou à gauche, la barre d'espace pour déclencher une action à l'affichage d'un texte. L'aventure peut commencer, à l'image du titre du jeu Every day the same dream : tous les jours le même rêve.
Un rêve qui doit permettre d'échapper à la répétition de débuts de journée identiques. Le jeu réside dans la possibilité de découvrir au cours du parcours – en allant à droite plutôt qu'à gauche, en sortant de la voiture, etc. – une surprise brisant la triste réalité. La fin d'un parcours reconduit à une nouvelle journée qui recommence à l'identique, sauf si...
Ces surprises ludiques viennent interrompre l'inexorable répétition et égayer d'une touche de couleur un univers graphique minimaliste aux traits anonymes et signifiants d'une modernité grisâtre.
Elles laissent le pas à l'espoir de trouver une échappée au cercle vicieux de l'aliénation du travail. C'est le poids de cet espoir de sortie et des répétions sans fin qui accuse l'absurdité d'une vie gâchée à la gagner.
Une forme innovante de dénonciation qui mise sur l'investissement du jeu pour dire et faire passer. Une réussite qui devrait ouvrir des voies.
- Présentation de l'association et accès aux autres jeux : Molleindustria - Radical Games
Un peu plus...
Un article sur les origines et les motivations de la Molleindustria : Molleindustria, videogame rules as a political medium.
Même esprit, mais avec l'animation, pour L'emploi de Santiago Bou Grasso. L'artiste y dénonce une forme d'avilissement du travail dans lequel l'homme n'est plus qu'un objet aux services des autres. Une belle métaphore qui a reçu le prix Prix Fipresci (Fédération internationale de la presse cinématographique) du Festival du film d'animation d'Annecy de 2009. Le film est visible sur Arte : El Empleo.
Voir aussi :
1. Sisyphe , le 5.01.10 :
Bonjour,
j'ai lu cette note avec bcp d'intérêt.
Comme quoi "jeu" et (prise de) "conscience" peuvent aller de paire.
Blog bien intéressant et varié.
Toutes me félicitations et mes encouragement pour la pérennité de votre blog.
A suivre donc ...
S.
Réponse de Sandrine :
Merci
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Bien d'accord avec le fait que le jeu puisse avoir un sens. C'est moins le jeu en tant que tel que les motifs qui conduisent à sa production ou non production qu'il faut interroger.
Ce n'est pas pour rien qu'il s'agit d'un collectif d'artistes militants, dont le mérite et le talent sont à souligner.ps. Joli surnom. En corrélation d'ailleurs avec le jeu. Et qui me permet d'inviter les non lecteurs du Mythe de Sisyphe à découvrir au plus vite cette magnifique leçon de vie d'Albert Camus.
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Sandrine Muller, édition de contenu web,