Sur la trame du savant fou, l'artiste numérique Han Hoogerbrugge élabore un récit dans lequel l'interaction n'est pas de tout repos. Ici le maniement de la souris déclenche un humour jaune. De mauvais goût pour certains, très certainement déjanté et à des kilomètres du conte de fée, le résultat est un génial exemple de créativité interactive.

L'intrigue est mince : dans un étrange hôtel, un docteur expérimente de mystérieux tests sur des volontaires... A chaque épisode, un nouveau cobaye pour une nouvelle expérience. La construction du récit s'organise à partir de la rencontre du patient avec le docteur machiavélique et s'achève par l'expérience. L'intermède systématique du restaurant pimente la narration d'une dose psychédélique.

Dans le restaurant, chacun des personnages cliqués enclenche une action aux effets inattendus ou insolites, le plus souvent accompagnés de jeux rythmiques. Multiplier les clics sur un personnage peut même révéler des surprises. Sans oublier les capsules colorées qui déclenchent une animation loufoque.

Écran du Restaurant, scène 2, épisode 1 de Lift.
Le clic sur la femme lui fait prendre une photo qui provoque le changement du portrait du mur. Celui sur l'homme agenouillé affiche ce qu'il voit dans ses jumelles et une bulle de sa pensée. Sur la table, une pilule...

C'est dans cet espace que la publicité opère : des objets intégrés dans le décor sont signalés comme des liens sponsorisés, autorisant ainsi une publicité non intrusive. Par ailleurs, des magazines trainant ça et là sur une table conduisent vers une planche traditionnelle de bd et opèrent une intégration intelligente du support papier.

Aucun risque de lassitude du fait de la créativité constante de Han Hoogerbrugge. Dès qu'un schéma attendu pourrait lasser, une nouvelle mise en scène est donnée à voir.

Control room, scène 3, épisode 2 de Lift et Crash test, scène 3, épisode 2 de Car Crash.
Un jeu de manette et de conduite d'une voiture imaginaire pour tester l'expérience sur le patient.

Pour la navigation, un survol sur l'extrême gauche de l'écran affiche un menu découpant les parties du chapitre en cours et le sommaire général. Pour l'action, un compteur indique le temps restant avant le passage à une autre scène, mais un onglet 'jump' permet de sauter directement à la suite. Enfin, un cercle que dessine une petite bille blanche flotte au-dessus du personnage qui doit être cliquer, élément graphique discret servant de fil conducteur pour la narration et évitant les clics inutiles.

Dr. Doglin's private room, scène 5, épisode 1 de Choke.
Le menu affiché au survol et le petit point blanc au-dessus du buste signalant que c'est sur lui qu'il faut cliquer pour la suite.

Un must dans le domaine. Réserve faite des popup démodés qui s'affichent pour la lecture des chapitres – la création date de 2004 – et de l'univers de l'auteur qui peut déplaire sur le plan graphique et déconcerté sur le fond – à l'instar de l'entreprise chinoise qui a refusé de dupliquer le dvd en raison de la présence de scènes indécentes. Il est vrai qu'un des personnages de la bd est un clown nu que Han Hoogerbrugge anime sans complexe...

Un exercice qui confirme la véritable création en jeu quand la bd est conçue ex-nihilo pour l'interactivité, sans que les conventions de lecture et de mise en page inhérentes à l'album la contraignent.

  • Voir la BD interactive : Hotel (en anglais).

Un peu plus...

Hotel a été fait publié en 10 épisodes de 2004 à 2006.

Tout l'univers de cet artiste danois sur son site : hoogerbrugge.com. Pour les fans, ce clip interactif qui, outre le concept, est un vrai régal totalement disjoncté : Flow

Il peut être intéressant de vérifier l'apport spécifique de l'interactivité en visionnant la bande-annonce de la bd : une vision passive sans grand intérêt par rapport à l'émulation créée par la lecture active : Bande-annonce de Hotel sur Youtube.

Livre/dvd sur l'univers de l'artiste : Modern Livin, The Graphic Universe of Han Hoogerbrugge. Sur l'incident chinois : Hoogerbrugge DVD banned by Chinese censors.

Question BD interactive, voir aussi Version interactive de BD : la réussite du Tueur, adaptation produite également par Submarinechannel.

Pour un brin de bizarrerie en plus, voir Les imaginaires surréalistes de Vectorpark.