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Angoisse et frayeur à l'Hôtel 626

Un héros, auquel vous devez vous identifier, se réveille angoissé et quitte sa chambre pour découvrir le couloir vide d'un hôtel. Commence alors une course aux épreuves, baignée dans un climat horrifique où zombie et ombre dévorante vous assaillent à la moindre erreur. Tentant n'est-ce pas ? Au prime abord appétissant, l'ensemble laisse sur sa faim. Tout comme l'impact promotionnel de l'outil pour une marque de tortillas chips qui reste trop discrète.

Un sous jeu vidéo type survival

Le survival est un jeu d'épreuves qui procure des sueurs froides en exploitant principalement les peurs claustrophobes. Il requière un certain nombre d'exigences pas vraiment satisfaites ici.

Le couloir de l'hôtel.
La survie derrière quelle porte ?

La réussite indéniable est la bande-son. Du crescendo des grognements aux coups de morsures, les effets sonores sont d'une efficacité redoutable et instaurent sans réserve une ambiance oppressante.

En revanche, la mise en scène n'est pas à la hauteur de l'exigence cinématographique attendue pour ce type de jeu. Un seul effet de mise en scène est osé à l'entrée de la chambre d'enfant. Le côté film amateur, supposé faire vrai – clin d'œil au film Le Projet Blair Witch – , donne en ensemble assez inesthétique et n'est pas assez travaillé pour être crédible en tant que pseudo-réalité.

Un escalier de l'hôtel.
Un escalier pas très convaincant.

Le scénario est trop pauvre : rien n'est dit sur le pourquoi du comment de la fuite et la fin est très téléphonée. Le contexte toujours semblable des épreuves finit par plomber la course d'un déjà vu. Un déjà vu accentué par les références cinématographiques nombreuses qui altèrent l'effet de surprise.

La gameplay (fonctionnement du jeu) autorise à sauter (skip) l'épreuve en cas d'échec et à poursuivre la fuite. Or ce type de jeu doit être suffisamment prenant et bien fait pour pousser le joueur à revenir en cas d'échec. Cette possible tricherie révèle les faiblesses du jeu : techniques – manque de précision de la souris ou d'un paramétrage qui conduit à l'échec malgré l'intention du joueur, maîtrise tantôt manuelle, tantôt automatisée du personnage – ou trop grande difficulté – code trop casse-tête à déchiffrer sans indice éclairant (voir la solution plus bas dans Un peu plus). Le jeu ainsi détourné laisse la place à une simple curiosité, vite déçue puisque scénario et mise en scène ne sont pas suffisamment étoffés.

Paramétrage de la voix pour une berceuse.
Un maniement difficile du son pour bercer.

Rien, ou presque, sur les exigences participatives du web, y compris celles des jeux en ligne. Elles se cantonnent ici à une possible photo – webcam obligée – exposée dans une des chambres et sur le crédit final. Pas de possibilité de laisser un message de détresse, de retrouver des traces d'anciens joueurs laissées dans les décors, d'intervention ou de création possible...

Les photos des internautes.
Les Polaroïds des anciens joueurs.

Une exploitation minime de la marque

Doritos a ciblé l'envie de grignoter devant les frayeurs d'un jeu d'horreur. Pourquoi pas. Mais la seule piqure de rappel de la marque est un mél – l'obligation de fournir un prénom et un mél pour participer au jeu trouve ici sa raison. Regrets de vous voir partir trop tôt en cas d'abandon ou félicitations si vous êtes allez jusqu'au bout sont accompagnés d'une référence aux chips et au futur site de jeux de la marque. Point final. Rien dans le scénario qui mette en jeu un paquet de Doritos ou un mangeur de chips Doritos. Pas plus dans la résolution des énigmes. Aucun visuel qui aurait pimenté le décor d'une chambre. Rien non plus permettant aux vainqueurs de gagner des produits dérivées ou autres récompenses, alors qu'il y en avait un challenge tout désigné : retrouver les titres des films auxquels le jeu fait référence.

Référence au film Scream.
Il ne fallait pas raccrocher...

Le résultat fait donc plus penser à une version d'appel d'un jeu vidéo qui donnerait envie d'acheter la version complète qu'à la promotion pour une marque de chips.

Le principe du film vidéo interactif plaît, surtout s'il s'appuie sur un genre qui compte de nombreux fans. Mais il doit pour séduire le plus grand nombre répondre aux exigences filmiques – pertinence de scénario, talent de mise en scène, esthétique visuelle – et ludiques – gameplay adaptée aux performances d'internet et participation. Faire preuve aussi d'audace en ne copiant pas, en moins bien, ce qui existe déjà. Un réel défi qui explique que ce genre se développe doucement et que les tentatives soient empruntes de défauts. Imperfections qui permettront de faire mieux la prochaine fois.

  • Accès au jeu ouvert de 18h à 6h uniquement : Hotel 626 (en anglais).

Un peu plus...

Le code pour sortir de la cellule : il ne faut pas écouter le fou mais la voix en fond sonore. Elle répétera, selon les parties, trois des cinq mots suivants : horse (cheval), spider (araignée), candles (bougies), hands (mains) ou tree (arbre). Une illustration de ces mots est dessinée sur les murs. Elle présente des marques rouges qu'il faut compter pour obtenir le chiffre. Mais il faut les compter vite car le mouvement de caméra est imposé. Exemple : spider, hands, tree, donnera le code 8, 9, 4 (les 8 pattes rouges, 9 doigts rouges et 4 racines rouges des dessins des murs).

Ce site a reçu la récompense de la meilleur réalisation vidéo au dernier Webby Award. Les internautes participent à la désignation de ces récompenses et sont invités à voter pour leur site préféré dans chacune des 70 catégories : The Webby Award

Un autre exemple de vidéo interactive, plus audacieuse et construite sur une intrigue policière, qui révèle également de gros défauts illustrant l'obligation d'une mise en scène filmique et interactive en devenir : The Secret Location.

Pour une définition plus approfondie du jeu survival ou de la gameplay : Lexique de Gros Pixels.

Voir aussi deux exemples d'exploitations promotionnelle de la vidéo interactive : Messages vidéos à personnaliser pour faire peur.

  |  Publié le 7.05.09

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